Le théâtre médiéval
Il faudra aller au-delà de l’an mil et de son cortège d’angoisses de fin du monde, pour retrouver le théâtre, à nouveau suscité par la religion. En latin d’abord, en langue ‘vulgaire’ (du pays, du peuple) ensuite, il renaît dans toute l’Europe et prendra respectivement la forme du drameAction scénique représentée par des personnages. Bourassa 1968, p. 35. liturgique aux XIe et XIIe siècles, du Jeu au XIIIe siècle, du Miracle au XIVe siècle et du MystèreAction scénique d'ordre religieux - égyptienne, grecque, médiévale - et principalement rattachée à la vie des dieux sur terre. Bourassa 1968, p. 37. aux XVe et dans la première moitié du XVIe siècles.
Le drameAction scénique représentée par des personnages. Bourassa 1968, p. 35. liturgique
Joué à l’intérieur de l’église, le drameAction scénique représentée par des personnages. Bourassa 1968, p. 35. liturgique a pour mission d’illustrer les Ecritures saintes en en ‘jouant’ des passages célèbres dans de courtes scènes se déroulant dans le chœur ou la nef de l’église.
Physiquement très proches du public (des fidèles) donc pas de distance, pas de scène, les acteurs sont des prêtres ou des clercs, peu costumés, qui dialoguent par ‘tropes’, des interpolations dans les textes sacrés. Les textes en latin sont progressivement entrecoupés de passages en langue populaire, ce qui contribue largement au succès de ces pièces auprès du public (enfin, il comprend).
En 1165, le ‘DrameAction scénique représentée par des personnages. Bourassa 1968, p. 35. d’Adam’ (auteur anonyme) marque un véritable passage vers le théâtre : le dialogueEntretien entre deux personnes. Ensemble des paroles qu'échangent les personnages d'une pièce de théâtre. Robert 1991. y est enlevé (entièrement en langue ‘vulgaire’), l’acteur se déplace entre deux décors, dans l’action.
Le Jeu et le Jeu profane
Au XIIIe siècle apparaît le Jeu, sorte de drameAction scénique représentée par des personnages. Bourassa 1968, p. 35. liturgique beaucoup plus long (on passe de 100 à 1000 vers. Le Jeu se caractérise par les sujets traités en marge des Ecritures puisqu’il introduit, dans le thème religieux, des anecdotes, des légendes populaires. Les auteurs sont souvent anonymes. On retiendra toutefois un nom : à la fin du XIIe siècle, Jean Bodel, considéré comme le premier auteur dramatique français a écrit ‘Le Jeu de Saint Nicolas’, un drameAction scénique représentée par des personnages. Bourassa 1968, p. 35. liturgique qui tient plus du roman d’aventures que du récitFableSuite de faits qui constituent l'élément narratif d'une oeuvre, agencement en système des faits racontés, logique des actions et syntaxe des personnages. Un des six éléments de la tragédie, selon Aristote, avec les caractères, le chant, l'élocution, la pensée et le spectacle. Robert 1991; Ubersfeld 1996, p. 41-42. (voir ce mot). DiscoursMode d'appréhension du langage, considéré non comme structure arbitraire (langue), mais comme activité de sujets inscrits dans un système déterminé. Se dit d'une unité linguistique constituée d'une succession de phrases (linguistique textuelle), d'une unité de communication relevant d'un genre déterminé (théâtre), d'un système partagé dans un champ d'application (discours socialiste) ou de l'association d'un texte et de son contexte. Maingueneau, p. 28-29. Voir axe discursif. d'un personnage narrant un événement qui s'est produit hors scène (ex. : récit de Théramène, dans Phèdre, de Jean Racine). Pavis 1987, p. 325-326; Ubersfeld 1996, p. 70. Voir tirade.
religieux.
Ces Jeux profanes ont la faveur du public ; c’est ainsi qu’ils seront introduits entre les Jeux d’inspirationThéorie platonicienne selon laquelle, au moment de la création, la pensée d'un poète, placé pour lors en état de démence (de-mens), lui vient d'un dieu. Robert 1991. Voir enthousiasmeTransport divin, délire sacré par lequel, selon Platon, le poète est placé en état de démence pour faire place à la pensée divine. Robert 1991. Voir inspiration et pensée. et pensée. religieuses ; ils se dérouleront hors de l’église.
Adam de la Halle écrira des Jeux profanes restés célèbres : le ‘Jeu de la Feuillée’ et le ‘Jeu de Robin et Marion’, dont on dit qu’il s’agissait du premier opéraDrameAction scénique représentée par des personnages. Bourassa 1968, p. 35. lyrique, entièrement chanté, exécuté au théâtre avec décors et costumes. Bourassa, 1968, p. 33.-comique français (le texte, en octosyllabes était accompagné de musique).
Ces Jeux profanes étaient montés par les ‘Puys’, sociétés de comédiens laïcs (participant aussi aux Jeux religieux).
Le Miracle
Cette fois, le jeu se déplace sur le parvis de l’église. C’est le Miracle, qui raconte la vie d’un saint ou une légende historique, un fait divers se terminant par l’intervention du saint, qui arrange tout. Le plus ancien miracle est du trouvère Rutebeuf (1270) et s’intitule ‘Le miracle de Théophile’.
Le Miracle s’est installé pendant tout le XIVe siècle, qui est aussi celui de la guerre de Cent Ans. Ce qui expliquerait qu’au cours du temps, ces œuvres aient été d’inspirationThéorie platonicienne selon laquelle, au moment de la création, la pensée d'un poète, placé pour lors en état de démence (de-mens), lui vient d'un dieu. Robert 1991. Voir enthousiasmeTransport divin, délire sacré par lequel, selon Platon, le poète est placé en état de démence pour faire place à la pensée divine. Robert 1991. Voir inspiration et pensée. et pensée. de plus en plus morbide, pour répondre aux attentes du public (c’étaient un peu les films d’horreur de l’époque).
« Tirés de ‘causes célèbres’, de drames légendaires quelque peu historiques, des épopées du passé, on peut dire que les Miracles contiennent en germe les théâtres élisabéthains et jacobéens : ‘histories’, tragédies à la ‘Macbeth’… » (André Degaine, Histoire du théâtre dessinée, p. 87.)
Le MystèreAction scénique d'ordre religieux - égyptienne, grecque, médiévale - et principalement rattachée à la vie des dieux sur terre. Bourassa 1968, p. 37.
Apparu au XVe siècle, le mystèreAction scénique d'ordre religieux - égyptienne, grecque, médiévale - et principalement rattachée à la vie des dieux sur terre. Bourassa 1968, p. 37. se joue sur le parvis, mais aussi sur la place publique. Le mot vient du latin ‘ministerium’ qui signifie : ministère, service public. Nous retrouvons ici, comme en Grèce, la notion d’enseignement, de service public (ici, l’histoire sainte) offert à l’ensemble de la population, toutes classes confondues, sous la forme d’un divertissementIntermède dansé et chanté. Pavis 1987, p. 129..
Le MystèreAction scénique d'ordre religieux - égyptienne, grecque, médiévale - et principalement rattachée à la vie des dieux sur terre. Bourassa 1968, p. 37. se joue devant la ville entière, pendant plusieurs jours, aux grandes fêtes religieuses comme Noël, Pâques et la Pentecôte. Il met en scène deux cents personnages, parfois cinq cents, et une centaine d’acteurs est nécessaire pour le jouer, sans compter les figurants. Ces acteurs jouent sans aucune unité de lieuCaractèreTrait propre à une personne qui permet de la distinguer des autres. Ensemble des traits physiques, psychologiques et moraux d'un personnage. Personne ou personnage considéré dans son individualité, son originalité, ses qualités morales. Les caractères constituent, selon Aristote, un des six éléments de la tragédie, avec le chant, l'élocution, la fableSuite de faits qui constituent l'élément narratif d'une oeuvre, agencement en système des faits racontés, logique des actions et syntaxe des personnages. Un des six éléments de la tragédie, selon Aristote, avec les caractères, le chant, l'élocution, la pensée et le spectacle. Robert 1991; Ubersfeld 1996, p. 41-42., la pensée et le spectacle. Pavis 1987, p. 63-64; Robert 1991. d'une pièce qui, suite à une mise en question des mansions présentées en parallèle sur les praticables médiévaux, se déroule dans un seul espace scéniqueEspace proposé sur scène par le scénographe et ses collaborateurs.. Les romantiques ont mis en question cette règle de la Renaissance, mais elle est quand même souvent respectée (ex. : C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles, de Marie Laberge)., de temps ou d’action, à même la place publique, devant des tribunes surchargées de spectateurs.
Pas de coulisses, tout doit être montré. Les comédiens sont parfois confrontés à de réels dangers pour combler le goût du réalismeConception de l'art et de la littérature, selon laquelle on ne doit pas chercher à idéaliser le réel ou à en donner une image épurée. Robert 1991. à outrance de l’auteur du mystèreAction scénique d'ordre religieux - égyptienne, grecque, médiévale - et principalement rattachée à la vie des dieux sur terre. Bourassa 1968, p. 37.. Invention des ‘mansions’, des ‘maisons’ (sortes de mini-scènes représentant un lieu, une mansion-auberge, une mansion-palais…)
Partout se créent des ‘confréries’, énormes troupes d’acteurs amateurs masculins rassemblant des prêtres, des nobles, des bourgeois, des artisans. A Paris, le monopole du théâtre religieux est donné aux ‘Confrères de la Passion’ (troupe créée en 1398) et durera pendant plus de 400 ans (jusqu’à la révolution française).
Quant aux auteurs des mystères, ce sont des hommes de théâtre complets. Pour eux, le texte n’est qu’une des composantes de la représentation. La mise en scèneEnsemble des moyens d'interprétation scénique (scénographieArt de l'organisation de l'espace théâtral. Ensemble des éléments (toiles peintes, praticables, mobilier...) qui déterminent cet espace. Larousse 1995, à décorArrangement de la scène en vue de donner aux spectateurs un référent spatial. On a aujourd'hui tendance à restreindre ce mot pour désigner un aménagement constitué de panneaux peints et de quelques objets, et à recourir à scénographie pour désigner le décor construit. Pavis, p. 107-109; Ubersfeld 1996, p. 23. Voir cyclorama et coulisse. et scénographie. Voir décorArrangement de la scène en vue de donner aux spectateurs un référent spatial. On a aujourd'hui tendance à restreindre ce mot pour désigner un aménagement constitué de panneaux peints et de quelques objets, et à recourir à scénographie pour désigner le décor construit. Pavis, p. 107-109; Ubersfeld 1996, p. 23. Voir cyclorama et coulisse.., musique, jeu...); activité qui consiste à agencer ces moyens. Articulation entre le travail d'un maître d'oeuvre et celui de chacun des artistes qui concourent à l'oeuvre; transposition - et non traduction - d'une écriture dramatique en écriture scénique. Pavis 1987, p. 244-248; Ubersfeld 1996, p. 54-56. est primordiale et doit garantir le réalismeConception de l'art et de la littérature, selon laquelle on ne doit pas chercher à idéaliser le réel ou à en donner une image épurée. Robert 1991. de l’œuvre. Le mystèreAction scénique d'ordre religieux - égyptienne, grecque, médiévale - et principalement rattachée à la vie des dieux sur terre. Bourassa 1968, p. 37. français rayonnera dans toute l’Europe.
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Toutes les pages :
- La Préhistoire
- La Grèce
- Rome
- Le théâtre médiéval
- Le théâtre profane
- Le temps des auteurs
- Angleterre : le théâtre élisabéthain
- L’Italie : la Commedia Dell’Arte
- La France : le Monopole
- Après Molière… La ComédieAction scénique qui provoque le rire par la situation des personnages ou par la description des moeurs et des caractères, et dont le dénouementEnsemble des motifs qui dérangent l'immobilité de la situation initiale et qui entament l'action; Pavis 1987, p. 263. Point culminant entre les péripéties de nouement et de dénouement; Robert 1991. Voir péripéties. est heureux. Une comédie de Molière, Tartuffe, fut en Nouvelle-France l'objet d'une mise en scène dont la présentation au public fut empêchée par une intervention épiscopale en 1694; une autre, Le Misanthrope, fut traduite en anglais et montée par le gouverneur huguenot Paul Mascarène à Port-Royal en 1743. Pavis, p. 76-82; Bourassa 1968, p. 37; Benson et Conolly, p. 388.-Française
- La Foire
- le temps de Voltaire (1694-1778), de Marivaux (1688-1763)
- Le Boulevard du Temple… Boulevard du Crime
- 1791 : enfin, la liberté des théâtres en France
- Au XIXe siècle
- Fin du XIXe, XXe siècle : les metteurs en scène
- Les années soixante