Fredrick D'Anterny
Puisqu'il
faut livrer un peu de ses secrets, un peu de son parcourt personnel,
je commencerai par dire que je considère avoir eu et
avoir toujours une vie tranquille - et j'aime ça comme
ça -, avec peu de drame et des petits bonheurs à
la portée de tout le monde. Ce qui explique sans doute
pourquoi je me venge sur mes pauvres personnages qui, eux, vivent
moult drames poignants, aventures extraordinaires et passions
électrisantes.
Né en France, à Nice, au bord de la Méditerranée,
si je dois démentir mon affirmation du premier paragraphe,
c'est ici qu'il faut que je le fasse, car de 3 ans à
15 ans nous avons, ma mère et moi, pas mal déménagé.
Dans des villes, des villages, des appartements ou de grandes
maisons ! Pleins d'écoles, de camarades quittés
trop tôt, de paysages, de senteurs différentes
; la mer, la montagne, la campagne, les vastes champs, les vergers
ou bien le bruit de quartiers agités.
J'ai lu des bandes dessinées jusqu'à l'âge
de 15 ans, donc très peu de romans, sauf ceux imposés
en classe, et me suis baigné plus qu'à mon tour
dans les dessins animés de l'époque : les grandes
séries japonaises comme Goldorak, Candy, Albator et autres
qui ont beaucoup nourri mon imaginaire. À mon grand désespoir,
j'avoue ici n'avoir jamais lu de romans de science-fiction,
à part quelques Jules Verne. Pathétique pour quelqu'un
qui en écrit aujourd'hui !
Dès l'âge de 10 ans, je confectionnais mes propres
bandes dessinées, comme plusieurs de mes copains, d'ailleurs
! J'écrivais les textes et je faisais les dessins. Je
travaillais très sérieusement à l'élaboration
de plusieurs comiques de front, et abordai avec autant de plaisir
l'humour et le drame, avec une flopée de personnages
que j'ai aujourd'hui presque complètement oubliés,
mais qui m'ont apporté beaucoup de plaisir.
À dix ans, il m'est arrivé une chose assez étrange
: subitement, je n'étais plus enfant unique. Un petit
frère m'était venu. Je croyais plutôt en
une sur. Aujourd'hui, je ne le regrette pas, car William
est devenu mon illustrateur pour Storine, de même que
mon agent et mon Webmaster, ce qui n'est pas négligeable.
À l'âge de 16 ans et demi, fracture. Nouveau
déménagement, mais cette fois dans le Nord de
la France. Fini les mimosas et la plage ! Paris, sa banlieue
grise, l'hiver, l'inconnu, et, après avoir terminé
le collège, les premiers petits boulots.
Je voulais devenir dessinateur et scénariste de BD.
Mais, déception, je réalisai que je ne dessinais
pas assez bien et que mon niveau de français était,
disons relatif.
Alors, j'ai travaillé dans la restauration.
Puis, en juillet 1984, nous sommes arrivés au Canada,
au Québec, à Montréal. Plus précisément
dans sa banlieue ouest, moi qui étais nul en anglais
à l'école.
J'avais tout de même en poche le Brevet des collèges
! J'ai longtemps cru et, d'ailleurs, inscrit sur mes formules
d'applications, que ce Brevet correspondait au secondaire 5.
J'ai appris dernièrement par hasard que le niveau de
ce brevet se situait plutôt aux alentours du secondaire
3 !
Heureusement, j'ai toujours considéré que la vie
s'apprend avant tout dans la rue, avec les gens, dans des emplois
et des responsabilités qui vous forment et forgent le
caractère bien plus, souvent, les bancs d'école.
Ayant toujours eu un féroce appétit d'apprendre,
je dois dire pour ma défense que depuis l'âge de
12 ans, je mangeais toujours avec un livre à la main.
Au grand désespoir de ma mère ! Mais, bon, après
les bandes dessinées, je me suis attaqué aux biographies,
puis aux encyclopédies, ce qui m'a permis tout de même
de m'ouvrir au monde et de me cultiver à ma façon.
Un matin d'hiver, alors que je confiais à ma mère
mon rêve de scénariser une grande série
de dessins animés, elle me dit à brûle-pourpoint
: "écris plutôt d'abord des romans !"
Elle est un peu voyante. Seulement, avec mon pauvre Brevet
et mes fautes d'orthographe
Je l'ai pris tout de même
au mot et ai passé les dix années suivantes, tout
en travaillant et en faisant mon chemin dans la vie, à
écrire 27 manuscrits. Tous présentés à
différents éditeurs des deux côtés
de l'Atlantique. Tous refusés à plusieurs reprises.
Devenu entre-temps employé d'usine, apprenti pâtissier,
commis en pharmacie, vendeur chez Toys r us, représentant
en papeterie et libraire, j'ai eu la chance de lire beaucoup
de romans, en pause ou entre deux clients. Des bons et des passables.
D'inoubliables. Pour écrire, disait fort justement quelqu'un,
il faut lire. Lire beaucoup, énormément. À
la fin, j'en lisais trois ou quatre en même temps. La
chance de lire des romans à la pelle, mais aussi d'apprendre
finalement l'anglais.
Après une brève incursion dans la représentation
industrielle où je vendais des filtres à huile
ou à air, j'ai eu la chance de devenir représentant,
mais dans le domaine du livre, cette fois ! Un véritable
métier, une carrière, une vie trépidante
de chevalier du livre, avec sa monture sur quatre roues, des
clients agréables, des séjours dans des hôtels
et des restaurants, des Salons du livre, des dîners avec
des éditeurs et des auteurs. Une période très
prolifique au plan de vue humain et sentimental, personnel et
amical. Les sorties, les grands brassages d'idées, et,
après les arts martiaux que je pratiquais depuis un bout
de temps, la danse avec une partenaire sublime et une grande
amie.
Tout en publiant Storine.
Storine qui était, depuis mes 18 ans, une amie, une
confidente et comme une sur.
La série, débutée en 2002 avec le Lion
blanc, le volume 1, s'est poursuivie et achevée en 2007
la parution du volume 9. Après tout ce temps à
vivre en imagination auprès de Storine, Grifffo, Éridess,
Sériac, Marsor et les autres, j'ai été
obligé de m'en séparer pour leur laisser vivre
leurs vies.
Comme toutes les séparations dans la vie, celle-ci fut
douloureuse.
Quoi d'autre après Storine ?
Un auteur ne manque jamais d'amis imaginaires, et Éolia,
ma petite princesse de lumière, est présente chaque
jour à mes côtés. Elle est venue à
moi en 1995. Comment ? Pourquoi ? Ces choses-là ne sont
jamais claires. Tout ce que je peux dire, c'est que quand un
personnage ou un groupe de personnages viennent à vous,
ouvrez-leur grand votre porte ! Depuis, Éolia occupe
une bonne part de mon quotidien. Mais elle n'est pas la seule.
D'autres personnages se glissent subrepticement par la porte
de mon esprit. Des personnages, autant dire des énergies,
des amis auxquels je songe depuis deux décennies, des
gens patients qui ont attendu leur tour et avec lesquels, aujourd'hui,
je vis de nouvelles aventures de papier qui paraîtront
cet automne, aux Éditions Michel Quintin.
Parmi eux, Torance et Shanandra, qui seront tous deux les
héros épiques, fantastiques et légendaires
d'une toute nouvelle saga destinée aux ados et adultes
intitulée : Les messagers de Gaïa. (Voir, à
partir de cet automne www.lesmessagersdegaïa.com)
Avec une femme merveilleuse et un tout aussi merveilleux petit
garçon, mes journées sont bien occupées
!
J'espère ne pas avoir été trop long ni
lassant. À mon sens, les plus belles histoires d'un auteur
de fantastique sont celles
qu'il n'a pas vécues
!